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Mercredi 17 mai 2006 3 17 /05 /Mai /2006 02:55

9

La première bête va lui sauter dessus lorsqu'un sifflement retentit. Stoppés dans leur élan, les deux monstres trottinent tête baissée vers un vieil homme dont la barbe blanche touche le sol.

Derrière lui c'est bien le Temple qui se dresse, impressionnant par ses dimensions mais d'une sinistre simplicité. Des colonnes d'une vingtaine de mètres de haut soutiennent un fronton, lisse, sans sculptures, comme le tout : colossal, mais tristement nu. Absolument inouï. Nicolae n'a jamais vu semblable bâtiment : il peine à dissiper sa fascination pour considérer en détail ce lieu de tous les mystères. Il en estime la largeur d'une cinquantaine de mètres, et entre deux cents et deux cent cinquante quant à la longueur. Il remarque cependant qu'il n'y a aucune porte : après le seuil béant, ce sont les ténèbres ; et le sentiment d'écrasement le reprend, une fascination effrayée, une terreur émerveillée, comment le définir ? Nicolae réussit à détacher ses yeux du Temple et s'approche du vieillard.

"Bonsoir ! Vous êtes Frik le Mage, je suppose ?
- Tu es Nicolae, j'en suis sûr ! rétorqua le vieil homme avec un sourire.
- Je suis venu...
- Je sais tout." Nicolae s'interrompit, intrigué. Comme si de rien n'était, Frik reprit : "Mes bêtes ne t'ont pas trop fait peur ? Il faut dire que dans le sixième parallèle ce sont les êtres les plus agréables à regarder... Je suis allé les y chercher pour qu'ils me gardent la maison lorsque je voyage.
- Vous voyagez ? Vous descendez de la montagne ?
- Je veux dire voyager dans les univers parallèles... Tu as faim, et tu es fatigué. Ton père était en moins piteux état lorsqu'il est arrivé ici. Viens te reposer chez moi.
- Mon père ! Vous avez vu mon père ? Où est-il allé ?
- Mais dans le Temple, bien sûr ! Je lui ai déconseillé d'y aller mais il n'a rien voulu entendre. Encore un obstiné qui a fini comme les autres..."

Nicolae est rentré dans la cabane et s'est installé silencieusement sur une chaise. Le Mage lui remplit tranquillement un bol de lait. En le lui apportant, il remarque enfin que le jeune homme, livide, attend des précisions sur ce "fini comme les autres" sans oser les demander lui-même. Frik soupire. "Ton père a disparu, Nicolae. Il est allé dans le Temple et il n'en est pas ressorti. C'est tout. Tu ne trouveras rien, ni trace, ni cadavre ; mais moi je sais ce qu'est Rhrûn et je peux t'assurer que ton père est mort."

Mais pour Nicolae, "disparu" rime avec espoir. Et il aimerait bien savoir ce que Frik sait qui lui permet d'affirmer une telle chose.

Frik le comprend. Il s'attable face à Nicolae : "Je vais tout t'expliquer, petit, dit-il. Et le meilleur moyen de t'expliquer, c'est de te raconter mon histoire. Car tel que tu me vois, j'ai six cent soixante-quatorze ans."

10

"Je suis né en l'an 983. J'ai grandi dans Bicaz. Tout fut normal jusqu'à mes vingt et un ans : ce fut l'année de l'invasion hongroise. Tu connais la légende de Rhrûn ? Eh bien, c'est moi qui, au moment de l'attaque de notre village, ai appelé Rhrûn à l'aide. Il se passa ce que tu sais : les Hongrois évaporés, le Temple dressé sur la montagne, apparu en un clin d'oeil, et moi catapulté prêtre de Rhrûn.

J'avoue que le Voyageur avait trouvé en moi l'esprit le plus crédule du village. Mais quel prophète il faisait ! Il était très grand, un colosse, avec de grandes mains. Mais avec ça, un visage angélique, une voix qui allait droit au coeur - mes aspirations mystiques du moment avaient trouvé leur guide. Et quand ils l'ont chassé, j'ai failli le suivre ! Mais je me suis résigné. Et lorsque les Hongrois ont commencé à dévaster les villages voisins, nous avons tous eu peur. Je n'avais rien à perdre à l'appeler ; ce que je n'étais pas obligé de faire, c'était d'y croire, d'y croire de toute ma volonté. Et il est venu."

Frik fait une pause, se mordant la lèvre inférieure, visiblement malade de remords.

"Ce que tu ne sais pas, ce que personne ne sait, c'est que Rhrûn vint en personne me rendre visite, le lendemain des événements, alors que j'étais seul dans le Temple. Je fus terrorisé. Il m'apparut enveloppé de flammes, un sourire diabolique sur son visage dégoulinant de ce que je pris pour de la roche en fusion. Evidemment son apparence n'a pas de signification propre ; certainement qu'il se présenta sous la forme dans laquelle, au fond de moi, je l'imaginais - car à la base de ma foi il y avait la crainte, la crainte des forces qui nous dépassent, la crainte du mal plus que l'espoir du bien.

Il parla dans ma tête, utilisant les mécanismes de mon cerveau. Il me remerciait d'avoir cru en lui, foi qui l'avait délivré de sa prison. Qu'était cette prison, je n'en sais toujours rien, pas plus que les plus hautes sommités du savoir dans tous les univers ne le savent : une prison d'énergie, un isolement spatio-temporel, qu'en sais-je ? L'hypothèse la plus sérieuse est celle d'une concentration dans une particule de vide. Quant à savoir qui l'avait emprisonné et quand, cela donne le vertige d'y penser. Peut-être Phantasmagorya elle-même, la Déesse Première, l'Infinie, la force même qui meut les choses - mais pourquoi le laisserait-elle agir désormais ?"

Evidemment le récit a tourné à la réflexion à haute voix, et Nicolae ne comprend plus rien. Frik le voit, défronce les sourcils en remettant visiblement le problème à plus tard, et reprend :

"Il m'a donc remercié ainsi. Pourquoi fallait-il que je croie en lui pour le délivrer ? me demandai-je après son passage. Ce que j'ai découvert plus tard, c'est cette vérité insoupçonnable : les forces telles que lui, que l'on peut appeler "dieux", n'existent qu'à condition que l'on croie en eux. Le peu d'énergie ainsi octroyé leur donne une autonomie, qu'ils sont libres d'exploiter pour accroître à l'infini leur puissance. Mais qu'il advienne que plus personne ne croie en lui : aussi puissant qu'il soit, il disparaîtra de notre plan pour dériver dans le vide infini qui entoure l'ensemble des univers. Ce qui signifie d'ailleurs que des démons comme Rhrûn n'ont pu émerger qu'à partir du moment où il exista des êtres pensants. Autre conclusion, le Voyageur ne pouvait être humain. Tout au plus une émanation de Rhrûn qui aurait échappé à la puissance qui l'a incarcéré, une sorte de golem animé par une monade, une parcelle de volonté du dieu."

Nicolae pousse un gémissement de désespoir. Frik s'en émeut et essaie de retrouver son chemin :

"Donc il a fait en sorte de m'être le plus agréable possible pour que je persiste à croire en lui. Je n'ai compris sa nature maléfique que très tard. Il m'a immédiatement conféré l'immortalité et une certaine invincibilité, pour être assuré que je survive jusqu'à la réalisation de son dessein. J'eus pour ordre d'entretenir la foi de mes fidèles, tâche dont je m'acquittais avec joie. Je lui fus dévoué autant qu'on peut l'être.

Mais vint un moment où mon âge pouvait devenir suspect aux hommes. Il orchestra ma disparition de Bicaz en me donnant le pouvoir de voyager dans les univers parallèles, avec pour mission de former des communautés de croyants partout où me conduiraient mes pas. Ivre de bonheur face à tout ce qui s'ouvrait à moi, je ne protestai pas. Dans ces parallèles, j'ai appris la magie, comment faire voyager mon esprit, comment lire les pensées des hommes, comment pulvériser n'importe quelle créature. Et puis un jour, en entrant en contact avec le CU (pardon, le Conservatoire Universel, le plus grand rassemblement d'érudits et de documents de tous les mondes), on m'a appris l'improbable vérité.

Rhrûn est en train d'accumuler une puissance considérable. Il est de la pire espèce de démons, il est un Engloutisseur, avalant la matière pour la convertir en énergie. D'ordinaire ils sont rapidement maîtrisés par des puissances inconnues ; mais lui dévore impunément, pour une raison mystérieuse. J'ai un jour assisté à ce spectacle.

Je venais, à quatre cent dix-sept ans, d'être nommé au prestigieux Cercle des Savants du système de Lambhart, et pour ma première mission l'on m'avait envoyé étudier un peuple fort sympathique de quadrupèdes bleus, vivant en une remarquable société, sur une planète du parallèle... je ne me souviens plus du numéro. Après tout, qu'importe ! Il y en a des millions et celui-ci n'existe plus.
Un jour que je faisais une petite digression dans mon étude sur la flore incroyable de cette planète, je levai soudain la tête vers le ciel, pris d'un troublant sentiment de danger. Et là, petit mais grossissant à vue d'oeil, un point rouge était apparu près du soleil de ce système. S'agrandissant toujours plus, dans des dimensions cosmiques, il se révéla être un horrible visage, immense, grimaçant. Fasciné, je reconnus Rhrûn - selon toute évidence il prit cette forme sous l'influence de mon regard. Il ouvrit alors la bouche, et tel un Léviathan infernal, l'horizon ne fut plus qu'une énorme mâchoire.

La planète fut engloutie, mais je n'étais plus là. Abandonnant cette pauvre civilisation de quadrupèdes bleus à son triste sort, j'avais utilisé mon don de transfert, en sécurité dans un autre parallèle alors que là-bas tout était annihilé le temps qu'il te faut pour cligner de l'oeil. Et c'est de pire en pire. Des planètes il est passé aux systèmes solaires entiers, anéantissant en quelques secondes de glorieuses civilisations plusieurs fois millénaires. Incroyable, n'est-ce pas ? Et personne ne sait ce qu'il est advenu de cette force providentielle, que beaucoup nomment donc Phantasmagorya, qui jusqu'à présent préservait les univers. Bientôt la situation sera irréversible ; et un Engloutisseur ne s'arrête que lorsque le cosmos entier est en lui."

Après ce constat qui n'est rien d'autre que le constat de l'Apocalypse, Frik fait une nouvelle pause dans son récit, laissant Nicolae dans un état d'hébétude fébrile.

Soudain le regard de Frik à la fois s'embue et s'endurcit :

"C'est moi qui l'ai réveillé... Je suis entièrement responsable de cette catastrophe... Alors depuis plus de deux-cent-cinquante ans je recherche sans relâche dans l'ensemble des parallèles encore existants quelque chose d'immensément puissant, un recueil d'âmes sacrifiées, une entité endormie, une Graine de Création, tout ce qui dans les livres et dans les propos des sages de tous les Univers paraît susceptible de pouvoir lutter contre la puissance de Rhrûn. Mais tout ce que j'ai recherché n'a été pour l'heure que légendes, ou tout simplement introuvable. Et cela fait bien longtemps que plus aucun Grand Maître de Magie, et même tous les Grands Maîtres réunis, ne sont de taille à l'affronter. Et pourtant je continue, désespérément.
J'y retourne de ce pas, en fait. J'étais revenu ici me reposer un peu ; tu es renseigné, fais ton choix. Mais je te préviens. Toi, seul, tu ne peux rien. Rhrûn n'est plus à Bicaz, il n'y a que très peu été. Il n'a jamais touché à notre monde à cause de la petite communauté de fidèles qui y demeure. Ton monde est sauf, n'y pense plus. Il est occupé ailleurs.
- Mais s'il est ailleurs, réagit Nicolae, pourquoi pensez-vous qu'il a tué mon père ?
- Je l'ignore, petit. Je le sais, je le sens. Mais, je ne peux pas moi-même expliquer pourquoi il a pris le temps de répondre à son appel. Dans tous les cas, bon retour à Bicaz, Nicolae."

Sur ce, il ferme les yeux, doucement. Et il disparaît discrètement, prenant trois secondes pour devenir de plus en plus transparent, puis invisible.

Par myoketsaru - Publié dans : Rhrûn
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Lundi 15 mai 2006 1 15 /05 /Mai /2006 20:19

7

Nicolae se penche et boit avidement au filet d'eau qui sort de la roche. À côté de lui, il y a un carré de blé et un potager cultivés par le vieux Nic.
Il retourne un peu sur ses pas pour rejoindre le chemin du sommet. Parfois, selon les angles de vue, il peut apercevoir un coin de bâtiment gris en levant la tête. Il aurait bien envie de courir, mais le chemin est maintenant si mince qu'il a à peine la possibilité d'y marcher doucement.
Nicolae se sent grandi par cette aventure. Depuis qu'il a repris la route, un sentiment ne cesse de l'enthousiasmer, de le pousser en avant, quelle que soit l'issue de sa quête : le sentiment d'être une espèce de héros, semblable aux chevaliers des contes, s'acheminant vers un quelconque objet magique gardé par un monstre terrible, qu'il affrontera sans peur. Il se sent en pleine élévation, réalisation dans la quête : quête du père, quête d'un dieu, et de son secret. Pourtant, s'il est de ces héros de contes, où sont les bêtes fantastiques, où est la magie ? Pourquoi ne se passe-t-il rien qui ne soit franchement invraisemblable, irréel, merveilleux ? Nicolae attend ce merveilleux. Il le pressent et l'espère. Quand le rencontrera-t-il ? Avec Frik le Mage, s'il est vraiment mage ? Ou avec ces monstres qui, d'après les villageois, rôdent au sommet ? "C'est une rumeur, se dit-il, comme celle qui faisait de Frik un mangeur de cervelle - et d'après Nic, il n'en est rien. Ce sont des inventions des villageois pour justifier leur lâcheté. Globalement, il n'y a pas de réel danger sur le chemin du Temple". Il s'en sent déçu ; mais le vide à sa droite, la piste étroite et le souvenir de l'éboulement le ramènent à la réalité.

Et au moment où Nicolae parvient au petit plateau que constitue le sommet, il n'a même pas le temps de considérer le Temple : ses yeux se fixent, horrifiés, sur deux monstres noirs et difformes de la taille d'un boeuf qui fondent sur lui armés de toutes leurs dents et griffes à une vitesse prodigieuse.

8


"Nicolae parti ? Soi-disant pour secourir Iön ? Je vais vous dire ce que j'en pense, MOI !"

Maria, la femme du forgeron, entourée de ses partisans, voit que tous l'écoutent et elle en est très fière. La quarantaine bien marquée, une robe usée révélant une silhouette grasse, elle a le regard inquisiteur de ceux qui masquent leur ignorante stupidité par une sévérité de procureur et une rigidité morale à toute épreuve. Incroyablement superstitieuse, elle se comporte comme si elle disposait toujours de tous les arguments et de toutes les preuves fournis par une prétendue et souveraine expérience. Pour ce genre de femmes, que Miriota soit belle, douce, et surtout irréprochable, lui vaut une double dose de médisances. Cette miraculeuse guérison doit avoir son commentaire.

"Je pense que c'est bizarre que deux hommes d'une même famille disparaissent ainsi. Et où ? Au Temple ! Ben voyons ! Comme par hasard, là où personne n'ira le vérifier ! Non, mes amis, je ne suis pas si crédule, MOI !"
Elle prend soudain un air terrible : "Et cette Miriota, depuis, connaît une forme éblouissante ! Je vous avais dit que sa guérison n'était pas naturelle. Personne ne peut survivre après une semaine à cracher son sang sans rien manger ni boire ! Cette maladie aurait dû la faire mourir ! ET A MON AVIS, C'EST CE QUI S'EST PASSÉ !" Fidèle à son goût pour la mise en scène, elle attend quelques secondes avant de reprendre : "Son âme est en enfer, et un démon a pris possession de son corps ! On a déjà vu ce genre de choses dans la région, vous savez !" Non, ils ne savaient pas, mais à en juger par leur silence, maintenant, ils savent. "Pour sûr, c'est elle qui les a fait disparaître, tous les deux ! Allez savoir si elle ne les a pas dévorés vivants !" Un frisson parcourt l'assemblée.
Cette fois, c'en est trop pour le forgeron qui, essayant tant bien que mal de faire une sieste dans la pièce d'à côté, éclate de rire au milieu du silence général. Mise en furie qu'il lui ait cassé l'atmosphère qu'elle s'était évertuée à instaurer, Maria court ouvrir la porte et hurle : "Retourne travailler, toi, flemmard ! Incorrigible abruti ! Âne bâté ! INCULTE !" - et elle claque la porte d'un air de dignité effarouchée.
Une femme de l'assemblée intervient alors : "Mais le mèdecin n'a-t-il pas dit que sa maladie n'était pas mortelle, que la guérison était normale ? Que Iön en avait surestimé la force ?" Une autre alors ajoute : "Et n'a-t-il pas également vu Nicolae partir en chair et en os ?
- Parce que vous le CROYEZ ? Trouvez-vous normal, vous, que lui, que nous connaissons bien, ait tant changé ? Il est tout sourire, et le pire, c'est que cet avare, ce grippe-sous, néglige maintenant de faire payer certains patients ! Je vous dis que cette femme démoniaque l'a ensorcelé !" Et elle ajoute en ouvrant de grands yeux solennels : "Allez savoir à quelles perversités orgiaques ils s'adonnent la nuit..."
Cette fois, le forgeron est pris d'un fou rire si tonitruant que sa femme en devient violette de rage, et hurle : "ON NE SAIT JAMAIS !!"

Par myoketsaru - Publié dans : Rhrûn
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Dimanche 14 mai 2006 7 14 /05 /Mai /2006 23:42

5

"L'éboulement de 1596..."
Devant Nicolae, des rocs de toutes tailles s'entassent en un chaos compact de bien quinze mètres de haut, énorme bête opiniâtre défiant l'opiniâtreté de l'homme à creuser des chemins dans les montagnes. À gauche de Nicolae, la paroi rocheuse menace de ses longues fissures d'engloutir le premier venu. Ce spectacle écrase la volonté, ces pierres écrasent les corps, voilà qui donne soudain à Nicolae l'impression de marcher dans un gigantesque cercueil dont le couvercle pourrait se refermer à tout moment.

Nicolae prend son courage à deux mains et commence à escalader. Aucune pierre n'offre un appui sûr. Au bout de cinq mètres, saisi soudain par l'angoisse de faire une chute mortelle, il ne se risque plus à s'appesantir sur les pierres et tente de sauter avec le plus de légèreté possible d'un roc à l'autre. Plus le sommet de l'éboulement se rapproche, plus il accélère, manquant une fois sur deux de se tordre la cheville lorsqu'une pierre de laquelle il saute se dérobe sous lui.

Mais il dérape, se rattrape à un rocher, s'écorche la main, lutte pour garder l'équilibre, arrive au sommet du barrage, son pied roule sur une pierre, il tombe en avant, projette ses mains devant lui, heurte violemment de son flanc une aspérité, déchire sa veste, et touche enfin le sol, inerte, gémissant, des pierres roulant sur ses jambes.

Nicolae sert les dents. Puis il hurle : "Mais quel maladroit, ce n'est pas vrai !" Rageur, il se relève péniblement. Il saigne à plusieurs endroits. Un énorme hématome orne son côté gauche. Ouvrant son sac, il trouve les galettes en miettes. Nicolae prend un morceau de viande séchée et le dévore, plus par fureur que par faim. "Mes outres ? Où sont mes outres ?" Il se retourne. Une outre crevée est aplatie, là-haut, sur un coin de rocher. Quant à la seconde, il la trouve achevant de se vider à ses pieds. "Est-ce possible d'être idiot à ce point !!!" s'écrie-t-il encore.

Mais il faut continuer. Le chemin est inutilisé depuis longtemps. Il y a des ronces partout. Nicolae essaie de donner de grands coups de hache, mais les branches sont trop souples et grasses. Cependant un étroit passage est déjà à moitié débroussaillé. "Mon père est venu ici. Gardons espoir". Il a honte, parce que lorsqu'il est parti pour la montagne ce matin, il se faisait un peu l'effet d'un héros partant à l'aventure ; mais à l'évidence, c'est son père le plus qualifié pour être le héros de l'histoire, et lui le piteux sous-fifre. Ses exploits sont pour l'instant loin d'être mémorables : des pierres et des ronces, voilà les ennemis qui ont manqué avoir raison de lui.

Son pantalon se déchire en plusieurs endroits, ainsi que sa peau. Mais il ne s'en préoccupe pas, il continue, impatient de voir ce que ses ancêtres ont vu. Il scrute des yeux chaque pouce de terrain découvert. C'est pour lui une conquête, il part à l'assaut du passé de Bicaz. Peut-être même verra-t-il Rhrûn !

Le chemin est nu désormais. Nicolae monte en courant, longeant la paroi montagneuse, sur le chemin du Temple ; chemin qui s'amincit progressivement. Nicolae s'arrête. Le grondement qu'il perçoit l'emplit de terreur. Il court alors éperdument, évitant de justesse un petit éboulement qui n'aurait pas manqué d'être meurtrier, le dernier roc condamnant de sa masse inamovible le sentier, cinq mètres derrière Nicolae. Celui-ci, blême, la main sur son coeur encore affolé, n'a plus qu'à conclure que le sort ne l'autorise plus à revenir en arrière.

6

Nicolae marche mais doit bientôt s'arrêter. Le chemin, devant lui, laisse place à un gouffre béant. Nicolae en aperçoit la suite vingt mètres plus loin. Impossible de franchir l'intervalle.
Il regarde sur sa gauche. Sur la paroi, des aspérités semblent avoir été agrandies par des coups de pioche. "Mon père aurait-il escaladé à partir d'ici la montagne ?" se demande-t-il, impressionné par la témérité de Iön. Hors de question qu'il n'en fasse pas preuve de même, bien sûr. Après un instant d'hésitation, il essaye de ne pas imaginer ce qui se passerait s'il lâchait prise à plus de trois mètres au-dessus du sol, et se met à gravir la paroi. Ses blessures le font souffrir dans l'effort. Il tente de s'encourager en se concentrant sur son but : réunir son foyer. Mais comme ça ne le dispense pas de souffrir, il préfère très vite se concentrer sur sa douleur pour l'atténuer.
Après quinze mètres de calvaire, il se rend compte qu'il peut se hisser sur le bord. "Je rejoins peut-être le chemin", se dit-il en se redressant. Mais un tout autre spectacle s'offre à lui. Sur une surface plane d'un millier de mètres carrés recouverte d'herbe, quelques moutons paissent, accompagnés de deux agneaux. Derrière eux se trouve une petite maison de pierre. Et sur le pas de la porte un vieil homme courbé appuyé sur son bâton l'observe, d'un regard amusé. Lorsque Nicolae est parvenu à une dizaine de mètres de lui, le vieillard lui dit, visiblement hilare : "Eh bien eh bien comment as-tu réussi à te mettre dans cet état mon petit ? C'est plus haut en général que les problèmes commencent... Enfin ! C'est drôle, mon second visiteur en quatre jours ! Serait-ce que Bicaz a envie de renouer avec ses anciennes coutumes ?"
Nicolae a un transport de joie. Cet homme a vu Iön aller au Temple ! "Bonjour Monsieur, dit-il en s'avançant vers lui. Je ne m'attendais pas à trouver la montagne habitée.
- Ben tiens ! Avant l'éboulement, j'étais déjà là ! J'ai quatre-vingt-dix ans, mon petit. Et je continue à vivre avec mes moutons et les quelques bricoles que je cultive plus haut. Que fais-tu ici, dis-moi ?
- Je cherche mon père, Iön. Vous l'avez vu, n'est-ce pas ?
- Oui, oui, je l'ai vu. Il allait au Temple. Je lui ai indiqué le chemin. Nous avons un peu discuté... Tu es donc Nicolae ?
- C'est exact, et vous ?
- Nic. Mais tu sais, je ne suis pas seul, ici. Il y a un autre homme, qui vit au sommet. C'est Frik, je ne connais pas son âge.
- Frik le Mage ? Le mangeur de cervelles ?
- Frik ? Balivernes ! Ceci dit, c'est vrai qu'il est un peu mage... Il nous arrive de bavarder un peu. Si tu veux aller au Temple, petit, le chemin est par là. Tu y seras pour la fin de la journée !
- Merci ! Sauriez-vous où je pourrais me désaltérer ?
- Là-haut, il y a une source. Allez, file.
- Merci." Et Nicolae reprend sa route.

Par myoketsaru - Publié dans : Rhrûn
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Dimanche 14 mai 2006 7 14 /05 /Mai /2006 00:59

3

 

Deux jours ont passé. Iön n'est pas revenu.
Tout Bicaz s'est mis au courant de l'affaire. On rend visite à Nicolae, on lui apporte à manger, on s'installe et on loue le courage de Iön.
"Le chemin est ardu, disent-ils tous. Des éboulements peuvent survenir d'un moment à l'autre. La végétation est dense et épineuse. Il paraît que des monstres sanguinaires rôdent au sommet. Et puis il y a Frik le Mage, le vieux sorcier qui vous dévore la cervelle."
Les fervents fidèles de Rhrûn ajoutent : "Si Iön a confiance en Rhrûn, Rhrûn l'aidera." Nicolae se garde bien de leur demander pourquoi alors, eux, n'osent jamais gravir la montagne.

Deux jours ont donc passé ainsi. Nicolae commence à s'assoupir lorsque la voix de Miriota, comme surgie de ses rêves, le fait sursauter. "Iön ? Nicolae ? Où êtes-vous ?" Nicolae bondit jusqu'au chevet de sa mère, retenant mal sa joie, tout à la fois pleurant et souriant. "Nicolae ? Oh, mon petit ! Où est ton père ?"
Il a un moment d'hésitation, son sourire disparaît. "Il... il est parti au Temple, prier Rhrûn pour toi."
Miriota reste interdite, ne sachant pas quoi penser. Mais il lui tarde de revoir son mari, pour qu'il lui donne par sa tendresse le courage de revenir parmi les vivants.
"Au Temple ? Il est parti... depuis longtemps ?
- Deux jours. Ne te tourmente pas, je t'en prie, rétablis-toi en douceur, il va revenir."
Nicolae lui apporte du lait, des galettes.
Miriota, l'air absent, réfléchit laborieusement. Soudain son visage se marque d'angoisse, et elle dit : "Deux jours ? Mais même en ayant eu toutes les peines du monde, il devrait DEJA être revenu !"
Nicolae a un tremblement. "Il faut espérer", murmure-t-il.
La nuit et le lendemain se passent dans l'attente.

 

4

 

Dans Bicaz, au sujet de Miriota, chacun y va de son avis. Les fidèles de Rhrûn crient au miracle. "Rhrûn a entendu les prières de Iön", clament-ils.
Le médecin, accompagné des plus rationalistes, affirme qu'il connaissait la maladie et qu'il était normal qu'elle guérisse au bout d'une dizaine de jours.
Les plus superstitieux, autour de la femme du forgeron, s'efforcent de prouver que Miriota est morte et qu'un démon a pris possession de son corps. Le forgeron devient hilare pendant une heure à chaque fois que son épouse en parle en public, ce qui exaspère cette dernière.

Nicolae, lui, n'a aucune hypothèse. Elle est vivante, et c'est l'essentiel. L'absence de Iön occupe son esprit.
Au matin du 26 juin, il prend une décision.
Il revêt une veste de laine, met une ceinture à laquelle il accroche un long poignard, enfile des bottes solides en cuir fourrées de laine brute. Puis il remplit deux outres d'eau, réunit dans un sac viande séchée, pain et galettes, et ouvre la porte pour sortir chercher la hache à bois dans l'entrepôt.
Sur le seuil il tombe nez à nez avec le médecin.
"Bonjour, hé ! s'exclame ce dernier. Je voulais vous faire une petite visite matinale... voir si tout va bien...
- Je vous en félicite, pour une fois que vous êtes utile ! Prenez soin d'elle, je pars. Voir ce qu'est devenu mon père. Ce serait triste qu'il meure bêtement coincé dans une crevasse, seulement parce qu'il est seul. Elle dort encore. Elle a repris des forces, tout devrait bien se passer.
- Mais... attends ! Tu penses que je vais m'en occuper par don gratuit de ma personne ?" Nicolae ne veut pas perdre de temps.
"Vous la laisseriez seule si vous n'étiez pas payé ?
- Eh bien...
- Alors parlons d'argent à mon retour, je vous prie.
- Mais si tu ne..." Le médecin s'interrompt, et soupire de colère. Nicolae se dirige à grands pas vers l'entrepôt, saisit sa hache et, oubliant déjà l'énergumène furieux planté sur son palier, s'élance vers la montagne.

Le médecin, assis au chevet de Miriota, fulmine. "Je ne serai pas l'imbécile dans l'histoire, pense-t-il. Dès qu'elle s'éveille, je m'en vais. S'en occupera qui aura la bonne volonté de le faire. Et puis pourquoi aurait-elle besoin de quelqu'un ? Non, cela nuirait à ma réputation, on me reprocherait de la laisser livrée à elle-même. Je vais m'en occuper, mais pas gratis. Il doit bien y avoir de l'argent dans le coin." Et le voilà qui se met à fouiller tiroirs, armoires, placards, recoins.
Soudain il entend : "Que faites-vous ?" Il se retourne, livide. Miriota, debout, le fixe de ses grands yeux candides. "Hé ! Bonjour, Madame, eh bien, je... je regardais s'il ne vous restait pas de ces... médicaments que je vous avais préparés." Il tremble, bafouille. "Je... je suis là pour m'occuper de vous... Nicolae est parti... secourir votre époux, voilà." L'angoisse revient se peindre progressivement sur le visage de Miriota. "Non, ne vous inquiétez pas, surtout, Nicolae reviendra au premier problème rencontré... il me l'a promis !"
Miriota soupire en baissant les yeux ; le soupir de celle qui regrette d'être revenue à la réalité.
Lui ne peut tenir en place : "Je... je sors vous acheter deux trois petites choses...
- Vous êtes bien bon", dit Miriota qui, infiniment triste et lasse, retourne se coucher.

A l'extérieur, le médecin explose : "Pourquoi ne lui ai-je pas dit que je voulais de l'argent ? Pourquoi ? Voilà, avec son air de petite fille, là, elle m'a fait culpabiliser, alors qu'il n'y avait aucune raison ! De toute façon ils n'ont rien. Rien !" Puis il se souvient des sommes qu'il leur avait soustraites pour ses faux remèdes. "Bon, je peux faire un effort... Et puis elle est agréable à fréquenter, cette jeune femme."
Et il descend, tout réjoui de penser au rôle qu'il pourrait jouer auprès d'une femme aussi charmante.

Par myoketsaru - Publié dans : Rhrûn
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Vendredi 12 mai 2006 5 12 /05 /Mai /2006 13:09

RHRUN

Première Partie : Le Dieu caché

Prologue

           Au fin fond d'un vide infini, une volonté. Forte. De sortir.

           Mais tel Sisyphe, toujours renvoyé. Compressé jusqu'à l'inexistence.

           Il y eut un moment, cependant, après l'éternité. Un moment, de nouveau ! Il put retrouver la saveur de l'écoulement du temps. Sa volonté avait brisé ses chaînes. Il se déployait dans l'espace, libre. Il pouvait reprendre son oeuvre : le grand démantèlement d'une autre oeuvre. Celle de son double et contraire, qui l'avait vaincu à l'aube des univers.    

      

1

 

            Le petit village de Bicaz s'endort dans le massif des Carpates. En cette belle soirée du 22 juin 1657, Nicolae veille sa mère Miriota, qui s'éteint doucement depuis une semaine.
Il est songeur. Le lendemain, il devra aller au marché de Piatra Neamt, grande ville à quinze milles de Bicaz. Il pose sa main sur le front de Miriota. La fièvre lui répond, d'une pulsation agressive et brûlante.
Des bruits de pas, une porte qui se referme. "Voilà mon père", se dit Nicolae, ce qui l'éveille de sa torpeur.
           Iön le lion, tel est son surnom dans le village : le père de Nicolae est un grand homme à l'air farouche, à la carrure imposante. Lorsqu'il entre dans la chambre, il a les yeux rouges, une expression rageuse.
           "Le médecin n'est pas avec toi ? lui demande son fils.
            - Il ne viendra plus." Et devant l'air perdu de Nicolae, il ajoute, en détournant les yeux : "Je lui ai dit de ne plus remettre les pieds ici. Avec lui, notre bourse se vide et Miriota ne guérit pas, elle ne montre pas le moindre signe de rétablissement.
            - Mais quel autre recours ? s'écrie Nicolae en se dressant, furieux. C'est trop tôt pour décider de la laisser mourir !
            - Demain, tu n'iras pas à Piatra Neamt."
            Nicolae reste interdit face à cette déclaration sans rapport apparent avec la cause présente de sa détresse. Il ne cède pourtant pas à la panique et attend la suite - car il y a quelque chose derrière le regard fuyant, et même hagard, de Iön.
            "Le médecin ne peut rien pour elle." Nicolae ne proteste pas : il se laisse tomber sur sa chaise d'un air désespéré. "Alors que tu sois d'accord ou pas, je monte au Temple. Demain. Je ferai entendre ma prière à Rhrûn. Toi, tu la veilleras en m'attendant."
            Cette décision inouïe, voilà bien plus qu'il n'en fallait à Nicolae pour fondre en larmes. "Au Temple ! s'exclame-t-il. Mais le chemin est impraticable, ceux qui s'y sont engagés ont fait demi-tour ou ont disparu !
            - Des faibles et des lâches ! Je ferai entendre ma prière à Rhrûn, et il m'exaucera." Sur ces mots, qui se voulaient plus résolus que Iön ne l'est au fond de lui, il sort précipitamment de la pièce, certainement pour échapper au spectacle de son fils effondré - et aux remords.

 

2

 

           Qu'est-ce que Rhrûn ? Qu'est-ce que le Temple ? Ouvrons la première page de la Légende :
           "En des temps anciens, un voyageur, qui ne semblait pas roumain, vint à Bicaz pour ordonner à ses habitants d'adorer Rhrûn. Ceux-ci crurent qu'il était un fou qui se prenait pour un prophète ; alors qu'ils le chassaient du village par la force, il déclara en substance : 'Ignorants ! Vous avez beau refuser, du fait de votre aveuglement, de croire à la venue de l'unique véritable dieu, en ces lieux choisis par sa souveraine volonté : bientôt s'élèvera, au sommet de cette montagne, le Temple.' Exaspérés, ils le jetèrent sur les routes."
           L'illustration de cette première page présente un grand homme aux longs cheveux roux tombant sur ses épaules, sa cape noire ondulant au gré du vent. Les traits de son fin visage ont quelque chose d'angélique, assombris néanmoins par l'étrange lueur de ses yeux verts striés de rouge.

          La curiosité conduit naturellement à découvrir la seconde page :
          "Peu de temps après, une horde de bandits hongrois se mit à piller la région. Bicaz organisa une défense dérisoire. Les quelques dizaines d'hommes approximativement armés dont disposait le village virent paraître des Hongrois trois fois plus nombreux, violents et aguerris qu'eux. Personne ne doutait alors de l'issue de la bataille.
          Les gredins se ruèrent, avec fort fracas et hurlements. Mais au moment précis où ils allaient heurter de plein fouet la ligne de défense de Bicaz, un jeune villageois qui avait été sensible à la parole du voyageur, et était alors au désespoir, cria, en y mettant tout son coeur : "Rhrûn, viens à notre aide !" Il n'eut pas à le répéter.
          Les Hongrois disparurent instantanément, corps et âme. Ils se pulvérisèrent en fine cendre, ne laissant en un éclair que leurs armes calcinées sur le sol. Face à cet anéantissement bref et sans éclat, les villageois restèrent d'abord muets de stupeur. Puis pris de frénésie et d'un fantastique pressentiment, ils gravirent précipitamment la montagne. Les retardataires purent entendre les hurlements de peur et de joie mêlées des premiers arrivés : au sommet était apparu un énorme monument. Le Temple."

          Cette prodigieuse histoire se lit comme un conte : comment s'attendre aux sombres événements qui se préparent ? Celui qui la prendrait pour une fable finirait par la trouver bien noire et bien troublante...

          "L'euphorie gagna la plupart des villageois. Tandis que certains criaient au diable, les autres envahissaient le Temple, louaient et célébraient Rhrûn. Le jeune homme qui l'avait appelé durant la bataille fut ordonné Prêtre de Rhrûn. Des cérémonies annuelles furent établies. Elles perdurèrent des siècles durant. Mais le dieu ne se manifesta plus. Du moins aucun document, aucune rumeur n'a gardé trace d'un quelconque prodige.
          La civilisation chrétienne aurait daté cette année 1596 : l'année où un éboulement important condamna le chemin du Temple. Il fut décidé que lors du désencombrement du passage les cérémonies auraient lieu dans le village. Mais les habitants, alors qu'auparavant la foi avait porté leurs pas, jugèrent finalement bien plus commode de rester dans Bicaz plutôt que de gravir la montagne, et le chemin ne fut jamais dégagé."

          Lorsque la mollesse s'installe chez des croyants, elle se répand, et la croyance elle-même s'affaiblit : de plus en plus de villageois ne crurent plus en Rhrûn. Le Temple devint un mythe, un lieu onirique et inaccessible. Une soixantaine d'années après l'éboulement, pour cette famille désormais, une des dernières à pratiquer le culte, le nom de Rhrûn, lorsqu'il est prononcé, a des échos de dernière chance...

Par myoketsaru - Publié dans : Rhrûn
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